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14 décembre, 2011

Les Flocons Gris


Ses yeux criaient, mais rien ne sortait de sa bouche, à part des gémissements sinistre, sans rythme, bégayant des voyelles à peine audibles.
Il avait essayé de se défendre, mais il avait glissé sur le trottoir glacé et était tombé sur le dos.
Billy voyant la chance tourner à son avantage, n'avait pas hésité à lui sauter dessus, étranglant le pauvre inconnu de toute sa force et de son poids.

« Arrête ! Arrête je t'en supplie ! Il a eu son compte ! » Criait Sarah, toute affolée, derrière Billy.

Mais il n’entendait rien et avait cessé de respirer... C’était comme si toutes ses frustrations étaient dans ses mains, ce n’est pas cet inconnu qu'il était en train d’étrangler, mais bien l'image que les autres s'était faite de lui. A commencer par celui de son père; qui le traitait comme un déchet:
 « Tu n'es qu'un parasite ! Un moins que rien ! » lui disait-il souvent...
Et comme si cela ne suffisait pas, les comparaisons douteuse avec sa sœur Mandy était courante ( la cadette de la famille, elle qui avait obtenu une bourse pour Oxford ) Cela humiliait profondément Billy.
Quant à ses amis (si on peut les appelés ainsi) se moquaient ouvertement de son physique peu avantageux, il fallait bien une tête à claque dans la classe et Billy l'acceptait sans rechigner, à l’évidence c’était une place du groupe qui n'était pas occuper et qui lui seyait à ravir. Tout cela voulait-il dire que Billy n'avait pas d'amour propre ? Évidemment que non, tous ce qu'il voulait c’était de ne pas se sentir seul.
Enfin il y avait Sarah. Sarah la grosse comme on aimaient à l'appeler, sa petite amie, Sarah la conne comme Billy aimait à l'appeler. Elle était encore pire que lui et ne comprenait jamais ce qu'il disait. Mais fallait bien montrer aux mecs de la bande que ce n’était pas un puceau !

« Putain Billy ! Merde... Tu l'as tué, merde tu l'as tué ! » Criait Sarah en s'agitant dans tous les sens, regardant de gauche à droite comme une hystérique, espérant que personne ne les ai vus.

« Vite ! Faut qu'on se casse d'ici ! » Dit-elle en abaissant sa voix en fin de phrase. Une caméra de surveillance était perchée juste au-dessus d'elle et avait tout enregistré.

Billy était toujours sur le corps de l'inconnue, qui était mort depuis peu, mais il ne l'avait pas encore réalisé. Quelque chose d’étrange se passa à ce moment-là; les yeux du mort ne quittaient plus le regard terrorisé de Billy, comme s'ils voulaient lui dire quelque-chose avant de s'éteindre définitivement.

« Va te faire foutre enculé !!! » Cria Billy en se relevant brusquement faisant sursauter Sarah en arrière ; elle qui tremblait, pas seulement de peur, mais aussi de froid. La ruelle était glaciale. Du gel c'était formé sur les vitres des voitures et les flocons de neige tournoyaient dans les lumières des lampadaires.

« Oh non, on est filmé Billy ! »
« Et alors ! Tant mieux ! C'est lui qui nous a agressés, c'est lui l'enculé dans l'histoire ! »
« Mais, Billy tu l'as tué ... »
« Quoi? Tu pleures pour ce fils de pute? » Dit-il en crachant sur le cadavre. « Mais embrasse-le, tant qu't'y est ! »
« Qu'es ce qui t'arrive ?»
«Ferme ta gueule à la fin ! »
« Mais... mais tu m'aimes ? Non ? » Répond-elle en s'essuyant les larmes.
« Quoi ?! Si je t'aime ? T'est sérieuse là ?!» dit-il en s'allumant une cigarette.
« Franchement Sarah ? Regarde toi ... Qui pourrait aimer une grosse comme toi ! » Reprend Billy en tapotant le front de Sarah de l'index.
« Euh, non, tu...tu ne sais plus ce que tu dis, tu es sous le choc ou quelque chose comme ça » Dit-elle d'une voix hésitante. Billy, furieux, se dirige vers elle comme s'il allait l’étrangler elle aussi.
« Mais t'écoutes pas ce que je te dit ! » Il ne la supportait plus depuis longtemps et il ne savait pas comment mettre fin à leur relation.

Billy tourna le dos à Sarah, ses yeux ce fixaient lentement sur le cadavre étendu sur le sol gelé, puis il regarda ses mains et murmura :

« C'est toi que j'aurais dû tuer. »
« Écoute, je vais appeler la police, d'accord » Suggéra sa petite amie.

Billy retourna sa tête et regarda Sarah composer le numéro 112. Il se demandait comment avait il fait pour la supporter tout ce temps. Il regarda de nouveau le cadavre et une étrange impression l'envahi ; une sorte d’effervescence, comme s'il était enfin libre, il se mit à sourire. À cette instant Billy avait changé, il était devenu quelqu'un d'autre... il se sentait bien.


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